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Atelier de discussion philosophique pour enfants et adolescents

 Université populaire de Caen

 

Séance du mardi 27 avril 2004

 

 

Le point de départ fut constitué par un objet, proposé par un enfant : une canette de soda d’une marque de diffusion mondiale. Conformément aux décisions prises précédemment, les enfants purent proposer soit des questions inspirées par ces objets, soit d’autres, librement inventées.

 

Questions proposées à partir de la canette de soda :

 

  1. Pourquoi certains parents interdisent-ils à leurs enfants de porter des marques ?
  2. Pourquoi certains parents interdisent-ils à leurs enfants de boire des sodas et de manger des bonbons ?
  3. La mondialisation est-elle bénéfique pour tous ?
  4. Pourquoi se sent-on obligé de faire ou d’acheter la même chose que les autres ?

 

Questions proposées sans support :

 

  1. Un embryon peut-il être considéré comme un être vivant à part entière ?
  2. Qu’est-ce que la justice ?
  3. Pourquoi certaines personnes se voilent-elles la face ?
  4. Pourquoi certaines personnes disent-elles qu’on est tous pareils ?
  5. Etes-vous pour ou contre la liberté de procéder à l’IVG ?
  6. Pourquoi fait-on des blagues sur les blondes ?
  7. A quoi sert l’école ?
  8. Pourquoi préfère-t-on les brunes aux blondes ?
  9. Qu’est-ce que la beauté ?
  10. Pourquoi avons-nous de la pudeur ?

 

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QUESTION RETENUE APRES LE VOTE : 

 

Les enfants ont voté à nouveau en fermant les yeux. Pour la première fois, les enfants ont choisi de se passer du support des « sous-questions » que je propose régulièrement, bien que j’offre toujours la possibilité de ne pas suivre à la lettre le plan ainsi défini. Ce fut d’ailleurs l’objet d’une discussion assez âpre entre eux.

 

Etes-vous pour ou contre la liberté de procéder à l’IVG ?

 

Nous avons commencé par dire ce qu’est une IVG, interruption volontaire de grossesse.

D’emblée, en réponse à la question, Anne-Lise se déclara pour, en précisant toutefois que cela dépend des circonstances. L’IVG se justifie par exemple dans le cas d’une jeune fille de 16 ans, pour la suite de ses études, ou dans un cas de détresse, mais il ne faut surtout pas que cela soit valorisé. Elle ne pense pas qu’il y ait une femme qui soit contente d’aller avorter, en tous cas elle ne l’espère pas. Léa ajouta que ça dépend également de l’age, des choix qu’on peut faire, de son métier… Anne-Lise lui demanda d’expliquer pourquoi elle faisait allusion à l’âge, comme si c’était moins grave de pratiquer un avortement à quarante ans qu’à vingt. A quoi Léa ne put que répondre « Ca dépend… »

Olivier indiqua qu’il avait formulé la question de cette façon parce que, pour lui, être pour ou contre l’IVG, cela ne veut pas dire grand-chose. En fait, on est pour ou contre la liberté d’avoir le choix.

Virginie donna elle aussi des circonstances qui à son avis pouvaient justifier une IVG, et d’autres qui ne la justifient pas. Quant à Hugues, il estima qu’on ne peut pas vraiment répondre à la question, que ça dépend du choix de la personne. Olivier lui répliqua que, en tant que garçon, il ne serait jamais confronté à ce genre de problème ; mais Anne-Lise n’était pas de cet avis car, en tant qu’homme, on peut s’estimer concerné par ce qui arrive à sa compagne. Olivier, en accord avec ce qu’elle venait de dire, objecta que l’homme peut être concerné, mais pas autant que la femme, car c’est elle qui porte le bébé.

Pour Hélène, il vaut mieux avorter qu’abandonner son enfant ensuite, le mettre à la DDASS. J’expliquai alors le rôle et les attributions de cet organisme, quelques enfants ne les connaissant pas, ou seulement partiellement. Pour Hugues, mettre un enfant à la DDASS, ça veut dire qu’on ne l’aime pas ; un enfant abandonné ainsi est malheureux, et il se demandera tous les jours de sa vie qui sont ses vrais parents. Mais Virginie dit que quelquefois c’est mieux que ces enfants-là ne connaissent pas leurs parents, ce à quoi Hugues répliqua que, quand la mère peut garder son enfant, il ne voit pas pourquoi elle irait le mettre à la DDASS.

Léa jugea qu’il faut être immonde pour mettre un enfant au monde et ne pas s’occuper de lui. Dans ce cas, il vaut mieux le faire disparaître, car l’enfant peut être pénalisé toute sa vie, ce qu’Olivier analysa comme une redite de propos tenus par Hélène un peu plus tôt. Il ajouta que, s’il avait formulé sa question de cette façon, c’était pour dire : « Est-ce que c’est important ou normal qu’on laisse le choix ? » alors qu’il y a des commandos qui s’enchainent dans des blocs opératoires. Pour ces gens, apparemment, la réponse est claire : ils sont contre le fait que la femme puisse avoir le choix. Anne-Lise précisa que ce que disait Olivier se passe en Amérique. Pour elle, c’est très grave de s’enchainer dans un bloc opératoire pour les conditions d’hygiène des gens à venir. Virginie demanda alors des précisions sur ce fait de s’enchainer pour les opposants à l’IVG. Olivier et Anne-Lise décrivirent ce type d’action. Léa se demanda à quoi ça peut servir sert de s’enchainer dans un bloc opératoire, et Anne-Lise expliqua que c’est comme une manifestation.

Les échanges suivants confirmèrent ce qui s’était dessiné en début de séance, à savoir que la possibilité d’avoir le choix est satisfaisante, mais que le recours à l’IVG ne doit pas être systématique, et doit dépendre des circonstances. A quoi Hugues sembla objecter que, si la femme en difficulté a de la famille, elle peut lui confier le bébé. Hélène répondit que la famille pouvait ne pas souhaiter s’en occuper, car c’est une grosse responsabilité. Hugues en convint, bien qu’il ait dit que cela entrait dans les devoirs d’une famille.

Anne-Lise et Léa insistèrent ensuite sur la prise en considération, non seulement de la situation de la future mère, mais aussi de celle du bébé. Par exemple, dans le cas d’un viol, la femme en difficulté sait que son enfant n’aurait pas de père, qu’il y aurait moins d’argent etc. Cette réflexion les conforta dans l’idée de laisser le choix. Hélène leur répliqua que, dans ce cas, l’homme pouvait aussi manifester le désir de se marier avec celle dont il aurait abusé, mais Hugues se demanda si celle-ci voudrait d’un tel homme… Anne-Lise et Olivier dirent qu’alors qu’échafauder de tels scénarios ne servait pas à grand-chose. Virginie estima quant à elle que la prise en considération de la vie de l’enfant à naître pouvait être de peu de poids, chez certaines, par rapport au désir de maternité : elles ont tellement envie d’un enfant qu’elle ne prennent pas en compte les conditions dans lesquelles il sera élevé.

On revint aux commandos anti-IVG, en se demandant comment réagiraient ces personnes si elles étaient confrontées à des situations de détresse. Tous semblèrent penser que ces personnes sont des gens vraiment « fixés », qu’ils ne pourront jamais changer d’avis, ce qui conduit Hugues à s’interroger : « Est-ce qu’ils ton vraiment réfléchi à ça ? » Les enfants évoquèrent alors les anomalies génétiques qui pouvaient conduire à envisager l’IVG, et les plus grands précisèrent les choses du point de vue scientifique sur les méthodes de dépistage.

Virginie, qui distribuait la parole, fit alors le tour des discutants pour savoir s’ils voulaient ajouter quelque chose. Seul Olivier interrogea à ce moment Maïssane pour lui faire préciser sa pensée, qu’il estimait peu claire, ce qu’elle fit, se ralliant à la position générale. (possibilité du choix, en tenant compte des circonstances). Anne-Lise ajouta que la liberté lui parait très importante, par rapport à la démocratie et aux droits de l’homme, et par rapport à la liberté des femmes.

Hélène estima stupide que les commandos empêchent les IVG, parce que cela oblige les mères, soit à garder leur enfant, et alors elle ne va pas l’aimer, soit à l’abandonner. Mais peut-on ne pas aimer son enfant, se demanda Maïssane ?

Anne-Lise dit alors que ces commandos sont souvent guidés par la religion ; par exemple, les Chrétiens se réfèrent à la Bible. (Je précisai alors qu’il s’agissait du Décalogue, et de l’un de ses commandements, « tu ne tueras point »). A quoi Olivier rétorqua que le Christianisme n’est qu’une adaptation de ce qui est écrit dans le Bible, en prenant l’exemple de George Bush qui est croyant mais envoie des soldats en Irak. Il pense donc que les opposants s’appuient là- dessus, mais qu’il n’y a pas que cela. Hélène, constatant que chacun a sa religion, que certaines personnes n’en ont pas du tout, dit qu’il suffisait que ceux qui ne veulent pas avoir recours à l’IVG ne le fassent pas.

Olivier dit que, de ce point de vue, toutes les religions n’étaient pas à regarder de la même façon, que certaines, comme le Bouddhisme, laissent plus de libertés à leurs adeptes. Il ajouta que c’est dommage de voir que quand une religion édicte une règle, certains ne sont pas capables d’autre chose. Virginie lui rétorqua que sa façon de voir la religion, comme un guide qu’on est obligé de suivre, n’était pas conforme à la réalité. Mais il insista, disant qu’il était opposé à ces règles qu’on n’a pas le droit de transgresser… 

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Ont distribué la parole :

Pour la partie questionnement : Anne-Lise

Pour la partie vote : Maïssane

Pour la partie discussion : Virginie

 

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