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Atelier de discussion philosophique pour enfants et adolescents

 Université populaire de Caen

 

Séance du mardi 20 avril 2004

 

 

Le point de départ fut constitué par deux objets : une pomme de pin et une pierre volcanique. Conformément aux décisions prises précédemment, les enfants purent proposer soit des questions inspirées par ces objets, soit d’autres, librement inventées.

 

Questions proposées à partir de la pomme de pin :

 

  1. Sommes-nous réellement ce que nous croyons être ?
  2. Pourquoi avons-nous de la pudeur ?
  3. Pourquoi sommes-nous civilisés ?

 

Questions proposées à partir de la pierre volcanique :

Aucune proposition

 

Questions proposées sans support :

  1. Par rapport à quoi choisissons-nous notre métier ?
  2. Pourquoi certaines personnes sont-elles égoïstes ?
  3. L’éducation est-elle vraiment importante ?
  4. Pourquoi certaines personnes disent-elles qu’on est tous pareils ?
  5. Pourquoi certaines personnes sont-elles accro à quelque chose ?
  6. La passion peut-elle être destructrice ?
  7.  Pourquoi certaines personnes sont-elles influençables ?
  8.  Pourquoi fait-on des blagues sur les blondes ?
  9.  Pourquoi certaines personnes sont-elles orgueilleuses ?
  10.  Qu’est-ce que la réussite ?
  11.  Est-ce que l’amitié est partie de deux personnes ? 

 

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QUESTION RETENUE APRES LE VOTE : 

 

Les enfants ont voté en fermant les yeux, pour ne pas être influencés par les votes de leurs camarades. Cette disposition avait été proposée par l’un d’entre eux la semaine précédente, et acceptée par tous…


L’éducation est-elle vraiment importante ?

  

Anne-Lise commença par nous donner sa définition de l’éducation. Pour elle, cela consiste à apprendre aux jeunes les connaissances que les adultes ont acquises au cours de leur vie. A quoi Olivier rétorqua aussitôt : « Il n’y a que les adultes qui peuvent apprendre aux jeunes ? » Anne-Lise admit qu’il avait raison, qu’un enfant peut également jouer ce rôle.

Olivier demanda alors aux autres participants de se manifester s’ils pensaient que seuls les adultes peuvent enseigner. Une seule main hésitante se leva (huit enfants et adolescents étaient présents ce jour-là). Julien dit que, pour lui, les adultes sont mieux placés que les enfants pour être des éducateurs, mais que les enfants peuvent l’être aussi.

Léa, instruite probablement par ce qu’elle m’avait entendu dire en d’autres lieux, affirma que l’adulte qui anime les séances de discussions philosophiques apprend lui-même au cours de ces activités. Elle assimila cela à de l’éducation. Anne-Lise lui demanda alors si, pour elle, le fait qu’un adulte apprenne puisse encore s’appeler ainsi. Léa répondit que oui, d’un certain côté, que l’adulte apprend quelque chose, même si ce n’est pas à l’école. Pour Julien, cependant, l’éducation se fait surtout quand on est en classe, au primaire, au collège.

L’idée  fut alors émise que l’éducation, c’est aussi l’affaire des parents, et pas seulement de l’école. « Ca a toujours été comme ça, dit quelqu’un, et je voudrais savoir si ça vous parait normal, que les enfants ne répondent pas à leurs parents ». Maïssane fut la seule à répondre que ça ne lui paraissait pas vraiment normal. Sur quoi Anne-Lise poursuivit en disant que les enfants ne peuvent pas éduquer leurs parents, que ce serait contraire à ce qui s’est toujours fait. Ce qui n’empêcha pas Maïssane de dire que les enfants peuvent parfois apprendre des choses à leurs parents… Anne-Lise reprit alors la parole en demandant si les autres participants voyaient une différence entre apprentissage et éducation. Pour tous, cette distinction parut évidente.

Olivier dit alors qu’il y a plusieurs façons d’éduquer. Certains parents indiquent à leurs enfants qu’ils ont le choix, en leur montrant simplement quelles peuvent être les conséquences de leurs actes. C’est l’attitude qu’il juge la meilleure. Mais, d’après lui, lors d’une discussion entre adultes, si jamais l’enfant intervient (ce qui pour lui est normal), d’autres n’hésiteront pas à répliquer : « Tu n’as pas à dire ça, parce que nous nous avons un certain recul sur la vie, tu dois attendre pour parler ». Pour lui, ces deux attitudes sont un peu les deux extrêmes. Quelqu’un lui demanda alors comment il pensait que les enfants vont réagir à ces deux types d’éducation ? Pensait-il qu’ils allaient devenir rebelles ou, au contraire, rester des enfants bien sages ?

Julien émit alors l’idée que, si les parents sont bien éduqués, ils vont transmettre cette éducation à leurs enfants, ce qui entraina l’expression d’un désaccord de la part d’un ou deux des participants. Il poursuivit alors en demandant aux autres discutants ce que ce serait, pour eux, bien éduquer. Anne-Lise parla alors de la notion de limites à imposer, mais en disant qu’il fallait surtout laisser les enfants s’exprimer, comme on le faisait à ce moment même dans l’atelier. Pour elle, de tels instants de parole sont essentiels pour que les enfants soient bien dans leur peau, pour qu’ils soient heureux dans la vie. Olivier abonda dans ce sens : il pense aussi que c’est la meilleure façon de faire. Il ne comprend pas, par exemple, que certains parents imposent leur religion aux enfants sans que ceux-ci puissent contester quoi que ce soit. Pour lui, ce type d’attitude est le fait de gens « bouchés », qui n’ont aucune ouverture sur rien.

Revenant, à ma demande, sur la question des réactions possibles face aux deux types d’éducation qu’il avait distingués, question qui n’avait pas reçu de réponse, il dit qu’il ne pensait pas qu’on puisse se rebeller face au premier type décrit, celui où les parents demandent leur avis aux enfants.

Julien expliqua alors que les parents peuvent aussi favoriser un de leurs enfants.

La discussion tourna ensuite autour de la question du comportement rebelle que peuvent avoir les enfants. Les avis étaient partagés. Une éducation trop « cool », trop laxiste, ne peut-elle générer des comportements de rébellion ? N’est-il pas nécessaire d’imposer des limites ? Cependant, si on prend le soin d’expliquer les conséquences éventuelles des actes commis, ne peut-on espérer développer la maturité des enfants ? Dans ce cas, la rébellion pourrait peut-être se retourner vers la société, mais probablement pas contre les parents. On évoqua aussi la question de l’argent qui met nécessairement un frein aux désirs des enfants auxquels on accorde tout (sorties, achats…) et peut conduire aussi à une forme de rébellion.

Julien se demanda alors si des parents peuvent changer de style d’éducation. Il semble que des évolutions peuvent se produire, par exemple quand les enfants grandissent, où ce qui était interdit ou cadré est laissé ensuite à l’appréciation de l’enfant. A l’inverse, les filles peuvent voir leur liberté restreinte quand elles arrivent à l’adolescence.

Olivier demanda ensuite aux jeunes présents quelle éducation ils ont  eue  - ou laquelle ils ont encore. En guise de réponse, Léa lui renvoya immédiatement la question. (« Et toi ? ») Les autres se montrèrent d’accord pour dire que le modèle décrit comme le meilleur (discussion, choix proposés, limites) est celui qu’ils vivent dans leur famille. Deux des filles présentes firent néanmoins allusion à leur père, qui leur impose plus de limites car il ne les voit pas grandir.

Julien indiqua que, selon lui, l’éducation dépend aussi de l’humeur des parents.

A ma demande, on revint ensuite sur la question de départ. Un accord se dégagea pour dire que l’éducation est importante, car elle touche plusieurs domaines, comme la politesse, et qu’on peut grâce à elle apprendre la vie, avoir un travail, avoir le permis de conduire, etc. C’est aussi grâce à l’éducation que plus tard les enfants peuvent être comme leurs parents.

Olivier s’interrogea cependant : « On ne peut donc pas apprendre la vie tout seul ? »

Léa lui répondit qu’il y a des choses qu’on peut apprendre seul, mais pas d’autres.

 

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Le temps manqua pour que je demande quels thèmes complémentaires on pouvait traiter à partir de cette discussion. Nous sommes montés à l’amphi, à 19h50, pour poser à Michel la question qui, mise à part celle choisie, avait recueilli le plus de voix, c’est-à-dire : « La passion peut-elle être destructrice ? »

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Ont distribué la parole :

Pour la partie questionnement : Maïssane

Pour la partie vote : Julien

Pour la partie discussion : Léa

 

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